Pourquoi faire du savon à la maison?
Lors de ma découverte des boutiques Lush à Londres au début des années 90, j'avais adoré leurs savons à la découpe et leurs cosmétiques faits main, mais je n'avais jamais imaginé que je puisse moi aussi fabriquer du savon à la maison. Ce n'est qu'en juin 2001, en flânant dans une librairie japonaise au rayon des ouvrages pour dames, que mon oeil fut attiré par un livre qui venait de paraître, bien en évidence sur un présentoir. Il s'agissait de "Tao's handmade soap", de Obata Yukiko, une Japonaise vivant à New-York et l'une des premières, avec Maeda Kyoko, à introduire le savon fait main au Japon. Bien que pas très adroite de mes mains, je suis très attirée par les travaux manuels et j'aime beaucoup feuilleter les ouvrages qui leur sont consacrés. J'achetai donc le livre pour regarder les photos.
Ce livre était très intéressant et après l'avoir lu, je me dis que ça n'avait pas l'air si difficile que ça et que moi aussi je pourrais m'essayer à la fabrication du savon. Je me procurai donc le minimum d'équipement nécessaire et me lançai dans mon premier savon, à base de parts égales d'huile d'olive et de saindoux. D'après la recette, la trace devait apparaître au bout de 20 minutes, mais au bout d'une heure de mélange au fouet manuel (avec l'aide de mon mari, heureusement pour mon bras!), toujours rien. Après plusieurs heures supplémentaires et l'essai d'un batteur électrique pas du tout adapté à la fabrication du savon et pas mal de projections sur le plan de travail et sur mon tablier, je finis enfin par voir la trace apparaître, ô joie! Ce fut dur d'attendre que le savon mûrisse pour l'essayer, mais quel émerveillement de constater que c'était bien du savon, qui moussait, qui lavait, et que j'avais réussi le miracle mineur de fabriquer du savon à partir de produits aussi prosaïques que des graisses achetées au supermarché et de la soude obtenue en pharmacie.
Après mon premier batch de savon, je me précipitai dans un grand magasin pour acheter un mixer électrique, et depuis je n'ai raté aucune fabrication et la trace est toujours apparue assez vite. Je ne saurais trop recommander cet instrument.
Obata Yukiko, et un grand nombre d'autres personnalités du savon fait main, racontent que dans leur cas, la décision de fabriquer elles-mêmes leur propre savon est l'aboutissement d'une longue quête d'un produit qui n'irriterait pas leur peau. Bon nombre de personnes disent que depuis qu'elles utilisent du savon fait main pour leur toilette, leurs problèmes de peau très sèche, d'eczéma ou d'atopie se sont envolés. Personnellement, j'ai une peau plutôt normale, et je n'ai pas constaté d'amélioration particulière de ma peau ou de mes cheveux depuis que je fais mon savon moi-même ; mon engouement pour le savon fait main n'est donc pas motivé par ses éventuels bienfaits ou par une méfiance envers les surfactants synthétiques. Ce qui m'attire, c'est le côté ludique du savon fait main, la satisfaction de fabriquer un objet utile, le plaisir d'en offrir à ma famille et à mes amis.
En ce qui concerne les surfactants synthétiques, je ne saurais trop recommander la méfiance envers les rumeurs qui circulent sur le net quant à leur toxicité ; certaines sont justifiées, d'autres moins, d'autres carrément fausses. Exemple, le sodium lauryl éther sulfate ou SLES. Certes, à l'état pur, ce produit est irritant pour la peau. Mais formulé dans un shampooing ou un gel douche, premièrement il est dilué, et ensuite il peut être combiné avec un autre surfactant qui élimine l'irritation, du type cocoamphoacétate. Lorsque ces deux ingrédients sont mélangés dans les proportions adéquates, une synergie a lieu et le mélange est en fait moins irritant que chacun des deux composants pris séparément ; et les tests montrent un potentiel irritant similaire à celui de l'eau. Ce couple d'ingrédients est à la base de bien des produits lavants très doux pour bébés. Le potentiel irritant dépend également du degré d'éthoxylation du SLES (nombre de moles d'oxyde d'éthylène qui ont été greffées sur la molécule). Bref, ces problèmes sont complexes, et il ne faut pas prendre pour argent comptant les informations véhiculées par des personnes bien intentionnées mais non scientifiques.
Pour revenir à nos moutons, ou plutôt nos savons, le savon fait main est certainement bien plus doux que le savon fabriqué industriellement. En effet, lors de la réaction de saponification, les graisses et la soude se combinent pour donner du savon et de la glycérine. Dans les procédés industriels, la glycérine, un produit hydratant ayant de la valeur par lui-même, est extraite du savon et vendue séparément. Dans le savon fait main, la glycérine reste présente et le rend plus doux. De même, les savons faits à la maison sont souvent fabriqués avec un excès de graisses par rapport à la soude, ce qui signifie qu'une partie de l'huile n'est pas saponifiée et reste présente dans le savon sous forme d'huile, contribuant ainsi à adoucir et hydrater la peau. Après avoir fait votre toilette avec du savon fait maison, vous ne constaterez donc pas les tiraillements et la sécheresse qui accompagnent souvent l'utilisation de savon industriel.
Le savon fait main peut aussi être utilisé pour vous laver les cheveux ; simplement, après lavage et rinçage à l'eau, effectuez un dernier rinçage avec une cuillèrée à café à une cuillérée à soupe de vinaigre ou de jus de citron (quantité à ajuster selon la longueur de vos cheveux) diluée dans un litre d'eau (vous pouvez facilement passer à la cuisine préparer ce mélange dans une bouteille en plastique avant d'aller à la salle de bain). L'acidité du vinaigre ou jus de citron permettra de neutraliser la basicité résiduelle du savon, et vos cheveux seront propres et lisses - pas besoin de démêlant.